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Un révolutionnaire intransigeant
Moscou, 17 juillet 1918. Le camarade Lénine s’impatiente. La pusillanimité des bolcheviks a en effet le don de l’exaspérer. Voilà bientôt un an que la révolution rouge est lancée et, à sa
grande fureur, les arbres soviétiques ne ploient toujours pas sous le poids des ennemis de classe qui devraient y être pendus. Le résultat est que la réaction s’est ressaisie, que des armées
blanches ont été levées et que l’avenir radieux de l’humanité risque de périr sous leurs sabres. Une de ces armées s’approche justement d’Ekaterinbourg, où sont détenus le tsar et sa famille,
avec la visée manifeste de délivrer le tyran.
C’est l’occasion pour Lénine de montrer à ses collègues du Politburo de quelle poudre un vrai révolutionnaire se chauffe. Plus question de déplacer l’impériale tribu, comme elle l’a déjà été
dans le passé. Il décide de l’exterminer et téléphone à cette fin au gardien de la maison Ipatiev, lui intimant l’ordre de procéder à l’exécution de la famille et des domestiques. Le soir même
le Tsar et sa femme, leurs cinq enfants et leurs quatre derniers serviteurs sont criblés de balles dans la cave de leur prison. Pas de pitié pour le tsar et la tsarine, évidemment, mais pas non
plus pour la marmaille et la valetaille. Voilà comme on écrase les ennemis de la révolution, sans distinction de grade, d’âge ou de classe.
Les corps sont enterrés clandestinement dans une forêt voisine. Parmi les victimes, quatre splendides jeunes filles : Olga, Maria, Tatiana et Anastasia qui avaient éclairé de leur grâce
les dernières années du régime tsariste. Aussitôt, selon une tradition bien établie en Russie lors des disparitions de souverains, fleurissent d’innombrables imposteurs. L’âme russe est ainsi
prédisposée aux miracles. On se souvient du faux Dimitri qui était parvenu à monter sur le trône en 1617, ou de Pougatchev, qui avait mis la Russie à feu et à sang en se faisant passer pour le
mari de la grande Catherine. Mais les faux Romanov de 1918 ne vont pas si loin. A peine ont-ils rassemblé autour d’eux un groupe de partisans crédules qu’ils sont repérés et très vite liquidés
par les bolcheviks.
Aussi est-ce à l’étranger que les vocations d’usurpateurs voient-elles ensuite le jour, telles que Marga Boots en Hollande, qui opte pour Olga, la fille aînée du Tsar, et Mademoiselle
Berditsch, réfugiée en France, qui lui préfère Anastasia.
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