Le Pull-over rouge

Un tueur improvisé

Marseille, 3 juin 1974, 11 heures du matin. Christian Ranucci enlève sans violence la petite Maria-Dolorès Rambla, âgée de 8 ans, et l’emporte dans son véhicule en dehors de la ville. 25 kilomètres plus loin, à un carrefour, il omet de céder le passage à une autre voiture et celle-ci le percute violemment à l’arrière. Peu désireux de s’expliquer sur la présence de l’enfant, Ranucci continue sa route sans désemparer. Scandalisé par ce qu’il prend pour de l’incivisme, un témoin propose alors de prendre le chauffard en chasse, ne serait-ce que pour l’identifier. Et aussitôt, il se lance à sa poursuite. Un kilomètre plus loin, sa femme et lui aperçoivent la voiture du fuyard, stationnée sur le bord de la route. En effet Ranucci, dont la carrosserie du véhicule avait été endommagée dans l’accrochage, avait été contraint de s’arrêter. Au moment où les témoins l’aperçoivent, il tire la fillette par le bras et l’emmène dans les broussailles. En passant devant l’endroit où le duo a disparu, la femme entend, par la fenêtre de l’auto, l’enfant demander : " qu’est-ce qu-on fait ? ". Puis son mari va réaliser un demi-tour. Descendus de voiture, ils entendent un bruit de branchages qu’on remue. " Monsieur, revenez !, vous n’avez qu’un accident matériel ! N’aggravez pas votre cas en prenant la fuite !" crie l’homme. " D’accord, partez et je reviendrai ! " répond Ranucci. Et plus rien ne se passe.


En réalité quand Maria-Dolorès, jusque là confiante, avait commencé de questionner, Ranucci lui avait plaqué la main sur la bouche. Puis, celle-ci se débattant vigoureusement, et le menaçant donc d’une identification imminente, il avait sorti son couteau de sa poche et l’avait égorgée. Le bruit de broussailles que les témoins avaient entendu avait été produit par les branches d’acacia que le meurtrier avait arrachées pour en recouvrir sommairement le corps de sa petite victime. Inconscients du drame qui vient de se nouer à quelques mètres d’eux, les témoins comprennent que celui qu’ils prennent toujours pour un simple chauffard ne se manifestera plus. Ils repartent donc, non sans avoir noté le numéro d’immatriculation et le type de la voiture. Ils retournent au carrefour et donnent l’information à la victime de l’accident. Ce dernier va ensuite porter plainte à la gendarmerie. 

Pendant ce temps Ranucci, qui avait attendu le départ des témoins, sort des broussailles et, avisant son véhicule, en redresse sommairement la carrosserie abîmée afin de reprendre la route. Mais craignant des recherches policières, provoquées par les témoins, il s’engage dans le premier chemin transversal qu’il croise, avec l’intention de se dissimuler. Le chemin mène à une champignonnière. Son entrée est bordée par un vaste amas de fumier où Ranucci enfonce le couteau encore sanguinolent. Puis, estimant la cachette excellente, il engage sa voiture en marche arrière dans la grotte et attend deux heures avant de repartir. Mais le sol est trop meuble, et, le moment venu, les roues patinent. Tous ses efforts pour sortir de ce piège sont vains et, à bout de ressources, il doit demander l’aide de l’exploitant. Il lui explique avec assurance que, par cette journée radieuse, il était venu somnoler au bord du tas de fumier. Ce qui paraît très étrange à son interlocuteur. Puis que pendant son sommeil sa voiture a glissé vers le fond de la champignonnière, ce qui paraît cette fois-ci impossible puisque le chemin est sinueux. Intrigué par ce récit, l’exploitant note lui aussi le numéro minéralogique de la voiture du mythomane.

A ce moment, l’enquête policière a déjà commencé depuis quelques heures.

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